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Tavya McCoy

Alto Baroque

Texte original de Jill Girgulis 

Traduction en français par A. Barbet

 Entretien réalisé en Septembre 2020

Publié en Novembre 2020

Photo credit: Anna Longworth

 

Pour l'altiste baroque Tavya McCoy, c'est à YouTube qu'elle doit sa première exposition aux sons qui allaient finalement façonner sa carrière d'interprète.

 

« Lorsque j'étais au lycée, en raison de mon lieu de résidence en Californie, nous n'avions pas l'occasion d’assister à des concerts de musique symphonique, j’étais donc une grande amatrice de YouTube », explique Tavya McCoy. « J'écoutais de la musique tout le temps. Un jour je suis tombée sur cet orchestre baroque italien. Ce son m’a obsédé pendant un certain temps. C'était ma première vraie rencontre avec cette musique. »

 

Comme beaucoup de jeunes musiciens à cordes, elle commence par le violon. « J'ai débuté à l'âge de 11 ans, mais ma famille n’a pas pu me payer des cours avant l’âge de 13 ou 14 ans », raconte Tavya. « Il a donc fallu que je travaille très dur avec mes professeurs. Ceux-ci étaient d’ailleurs très généreux, ils réduisaient les tarifs de leurs cours et moi je trouvais des petits "jobs", comme promener des chiens, pour les financer. »

 

Tavya McCoy continue d’étudier et participe à divers festivals d’été durant ses années de lycée. Ensuite, elle commence ses études post-secondaires dans un petit collège de l’Utah dans le cadre d’un programme d’interprétation au violon. Elle dut le quitter au cours de sa troisième année, victime de blessures dûes à son jeu au violon. Son arrivée au Mill’s College était en partie motivée par sa crainte de devoir changer de carrière si ses blessures persistaient.

 

« J'ai essayé les sciences politiques pendant peut-être trois jours, c'était terrible », rit l’artiste. Elle se demande alors si la pratique de l’alto ne serait pas une solution afin de continuer sa  carrière sans être victime de ses douleurs. Un choix qui s’est avéré excellent. C'est ainsi que l’alto baroque s’est de nouveau imposé à son esprit lors de ses études en premier cycle.

 

« Pendant longtemps, je me suis intéressé à l’interprétation de la musique de la Renaissance et de l’ère baroque, mais ce n’est que lorsque je suis allée un été à l’Institut d’interprétation baroque (Oberlin Baroque Performance Institute) que j’ai vraiment eu l'occasion de l’explorer », dit-elle. « Avant, j'avais peur de m'engager sur de telles interprétations, car je n'étais pas vraiment consciente qu'il s'agissait en fait d'un cheminement de carrière viable. »

 

Après ses études de premier cycle, elle débute un programme de maîtrise en alto à l’Université de l’Illinois. Dès l'été 2019, elle envisage sérieusement la poursuite d’une carrière en musique ancienne à plein temps.

 

« À la fin de ma première année de maîtrise, je commençais à me sentir moins liée à mon registre musical en tant qu’interprète moderne », explique-t-elle. « Cet été-là, j’ai joué quelques sonates en trio baroque avec un de mes amis et me suis dit : c'est ce que je veux faire ! »

 

C’est ainsi qu’elle a officiellement fait la transition vers la musique ancienne dès le début de la nouvelle année scolaire à l'automne 2019.

 

« Au début, je n’avais pas complètement abandonné l'alto moderne, mais je passais beaucoup plus de temps à me concentrer sur l'alto baroque », dit-elle tout en décrivant son assiduité à ce nouvel objectif lors de sa dernière année de maîtrise même si celle-ci n’était pas techniquement dans un programme d’interprétation historique.

 

Aujourd'hui, un an plus tard, cette décision semble avoir porté ses fruits.

 

« Je suis beaucoup plus heureuse et moins effrayée. Auparavant, j'étais vraiment dans un carcan et je pensais devoir faire les choses d'une certaine manière. Maintenant, je suis beaucoup plus résiliente », dit-elle.

 

« Je me sens plus libre de prendre des décisions par moi-même, moins contrainte. Les paramètres de la musique ancienne semblent beaucoup plus larges que ce que l'on peut faire sur un instrument moderne. J'apprécie vraiment de pouvoir ajouter ma propre interprétation qui, espérons-le, a du sens. Et si ce n'est pas le cas, vous réessayez la prochaine fois, ce n'est pas si grave. »

 

L’orchestre baroque de l’Université de l’Illinois se composait de cinq musiciens, dont souvent la professeure de Tavya, la claveciniste Charlotte Mattax-Moersch.

 

« Notre professeure était vraiment excellente. En effet, même si certains élèves avaient peut-être peu d’expérience baroque, ses explications étaient telles que nous pouvions effectuer des interprétations cohérentes », raconte-t-elle. « Même si nous étions un petit ensemble de musique baroque, j'étais reconnaissante de pouvoir vivre de telles expériences. Nous avons d’ailleurs fait quelques représentations amusantes ! »

 

Ayant désormais achevé sa maîtrise en mai 2020, Tavya connait aujourd’hui ses objectifs et postule actuellement dans l’espoir d’intégrer un conservatoire de musique à l'étranger et se dévouer complètement à la musique ancienne.

 

« Fondamentalement, mon objectif est maintenant d'entrer dans l'une des deux écoles européennes qui m'intéressent le plus, en Allemagne et en Suisse », dit Tavya McCoy. « Il y a tellement d’effervescence que j’ai le sentiment que je gagnerais à évoluer dans un tel environnement. Je veux acquérir plus d'expérience et rencontrer aussi d’autres personnes de mon âge qui ont la même passion.»

 

Quant à ses projets immédiats, « j'ai un stage avec l’Orchestre de chambre baroque du Colorado (le Baroque Chamber Orchestra du Colorado) », dit-elle. En raison de la pandémie, Elle commence par des leçons virtuelles avec certains musiciens dans l'espoir d'interagir et de jouer ensemble sur une même scène cet hiver.

 

En outre, Tavya évolue actuellement sous la supervision de Sarah Darling qu’elle a rencontré grâce à la fondatrice de Mount Parnassus, Catalina Guevara Klein. Elle est très contente d’avoir un mentor car sa motivation pour jouer fût difficile au début de l’été, sans récitals ni concerts à préparer.

 

«J'ai tendance à toujours chercher un certain type de professeur. Pas trop dur mais droit. Sarah Darling a cela en commun avec mes autres professeurs », explique Tavya McCoy. « Elle a une approche très intelligente du jeu. Elle comprend pourquoi elle fait les choses d'une certaine manière, puis me l’explique. Je préfère cela à ces enseignants qui disent simplement de faire quelque chose sans aucune justification. »

Bien qu’elle n’en soit qu’aux premiers mois de travail avec Sarah Darling, Tavya McCoy est jusqu’à présent satisfaite de son apprentissage.

 

« Je constate déjà des progrès visibles dans mon jeu », dit-elle. « Récemment, [Sarah] m'a appris à faire ces mouvements en huit avec mon coude, une sorte de mouvement d'escrime étonnamment utile pour m’échauffer et préparer mon coude à jouer! »

Il n’est pas rare que les altistes passent parfois au violon, mais comme ce n’est pas une option pour Tavya, elle est capable d’être créative dans ses interprétations.

 

« Je suis une altiste baroque un peu particulière, idéalement je jouerais probablement aussi du violon, mais à cause de mes douleurs lorsque je le pratique, j’interprète beaucoup d’œuvres de violon sur l'alto baroque tout en faisant en sorte que cela fonctionne », dit-elle.

« Je pense donc que je suis capable de jouer un rôle qui pourrait être un peu plus virtuose, même s’il n’est pas typique. Il y a beaucoup d'options dans le registre de la musique baroque - il y a tellement de façons d'interpréter ces pièces et de les adapter comme on le souhaite. »

En fait, il n’y a pas qu’un seul aspect dans l’interprétation de la musique ancienne qui ne plaise à Tavya.

 

« Dans la musique baroque, j'aime tout - j'aime jouer "solo", la musique de chambre et aussi jouer dans l’orchestre. »

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Photo credit: Anna Longworth